Les artistes et chercheuses de l'exposition

"Sismographie des Origines" - Origines et Identités
Emily Sahakian
Hélène Marquié
Chantal Loial
Joelle Kabile
Karine Benac-Giroux
Matilde Dossantos
Logambal Souprayen
Sabine Lamour
Nathalie Almar
Nadia Setti
Emmanuelle Radar

Exposition Sismographie des origines - Origines et Identités

Présentation de l’exposition « Sismographie des origines- Origines et Identités », projet de recherche-création de Anja Beutler / photographie et Karine Bénac-Giroux / recherche, présenté par Anja Beutler le 30 août 2018 à l’Université Paris Nanterre (Guadeloupe/Martinique/Guyane/Réunion) dans le cadre du colloque "DOM et FRANCOPHONIE” « Femmes, intellectuelles et artistes d’expression française: origines et constructions identitaires », Colloque international interdisciplinaire Université Nanterre, Août 2018.

L’exposition « Sismographie des origines- Origines et Identités » présentée par la photographe Anja Beutler s’inscrit dans le cadre d’un dispositif conçu pour le colloque « Dom et francophonie. Femmes, intellectuelles et artistes d’expression française : origines et constructions identitaires ». Sous la responsabilité de Karine Bénac-Giroux et Beya Dhraief, ce colloque s’est tenu le 30 août 2018 à l’Université Paris Nanterre, dans le cadre du 8ème Congrès du CIRFF (Congrès International des Recherches Féministes dans la Francophonie https://cirff2018.parisnanterre.fr/). Il s’agissait de donner la parole à des femmes originaires des DOM (Martinique, Guadeloupe, Réunion) et marquées par des histoires similaires, ou bien travaillant sur La Caraïbe, afin de confronter les discours et points de vue scientifiques, artistiques et interdisciplinaires sur ces questions lancinantes mais encore peu posées frontalement dans l’histoire personnelle et collective des femmes afro-descendantes.

Anja Beutler, qui a cheminé pendant quatre ans aux côtés des organisatrices du colloque en multipliant les points de vue et les prises de vue, a finalement organisé son exposition autour de deux portraits de chaque intervenante, duo articulé autour de la question des « origines » (réelles ou fantasmées), puis de celle des « identités actuelles ». Dans la paire de portraits de chaque participante du colloque, le premier portrait représente les sensations de la chercheuse/artiste qui émergent autour de ses origines, tandis que le deuxième représente ses sensations/impressions sur ses identités actuelles. Toutes ces sensations/impressions s´expriment par le choix des tenues, accessoires et coiffures aussi bien que par la subtilité des émotions transmises dans les regards.

Les modèles ont donc été invitées à arborer des tenues, bijoux, maquillages qui pouvaient venir symboliser leurs constructions identitaires et identifications possibles à diverses origines. La séance de pose est ainsi venue marquer le premier temps de leur investissement dans le colloque, comme une première « communication » à partir du corps, qui précédait donc la communication « scientifique » des chercheuses ou celle des « performeuses ». L’exposition a été projetée par vidéo projecteur l’après-midi, devant le public du colloque. Les femmes photographiées ont ainsi découvert en même temps que le grand public leur double portrait, « Origines » et « Identités ». Ce double portrait se révélait associé aux autres, ceux qui précédaient et ceux qui suivaient, dans une continuité parallèle à celle des interventions dans le colloque. Ainsi le dispositif venait-il suggérer le caractère fondamentalement relationnel des identités.

Un effet d’écho visuel et silencieux aux communications verbales et aux performances s’est alors constitué. Dans ce silence, les portraits ont alors regardé le public qui les regardait, chacun interrogeant l’autre sur ce qu’il venait chercher dans ce dispositif plutôt inédit dans le cadre d’un colloque de type universitaire. Sorte de témoins muets du dit et des non-dits, vecteurs d’émotions formulées parfois ensuite par les participantes et/ou le public, les portraits, sélectionnés par la photographe, sont venus manifester cette mouvance, cette superposition des origines suggérée par le terme « sismographie ». Un tremblement des identités les présentait comme une invitation à se perdre dans cette succession de visages où, parfois, identités et origines semblent dupliqués, et où d’autres fois la personne photographiée semblait totalement dissemblable.

La particularité du dispositif, dans le cadre du colloque, était constituée par le fait que le portrait de chaque contributrice l’interrogeait sur les soubassements kinesthésiques/non-verbaux de sa communication, l’invitant à prolonger ou à corriger, dans une rêverie avec soi mais devant le témoin silencieux constitué par le public, les propositions construites verbalement. De la même manière, le public était invité à poursuivre avec chaque communicante une autre forme de communication, lente et silencieuse, visuelle et kinesthésique. On peut ainsi considérer que chaque communication scientifique ou performance était assortie d’un doublon, qui échappait cette fois totalement à la communicante/performeuse et se construisait dans la découverte visuelle des portraits, pat la médiation du regard de la photographe entre la chercheuse ou artiste et le public. En somme, le dispositif venait donner à voir/réfléchir les constructions identitaires et leur rapport aux origines du sujet photographié, dans une appréhension silencieuse, au-delà ou en-deçà du langage, dans une relation à soi et à l’autre échappant très largement à ce même sujet.

Dans tous les cas, les portraits dans leur défilement suggéraient le caractère mouvant des identités et le désir de ne pas figer origines et identités, mais au contraire de faire cheminer ces propositions esthétiques/existentielles/relationnelles dans une perpétuelle redécouverte de soi et de l’autre.

Karine Bénac-Giroux (Université des Antilles) et Anja Beutler.

Anja Beutler est une photographe, qui est spécialisée en photographie de stage/danse et qui est aussi très attirée par le portrait. Elle est née à Munich, a passé son école primaire à Istanbul et le lycée à Munich. Elle a fait ses études et passé son diplôme de communication visuelle à Augsbourg/Allemagne et Belfast/Irlande de Nord, et a travaillé depuis dans le design, la publicité, l´illustration, la danse et la photographie. Elle a vécu à Berlin et Paris et depuis 20 ans habite à Hambourg.

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